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Intervenir en situation d'exception - Gilbert Lacanal, 2004

 

Psychologues dans la situation d’exception, nos actions pendant l’évènement démontrent l’importance (outre celle de facteurs économiques, sociaux…) de facteurs psychologiques et plus largement immatériels.

 

Que se passe-t-il ?

Le contact avec une réalité totalement imprévue et imprévisible, sans aucune médiation ie sans aucun filtre constitue une expérience ou rien n’est opératoire dans notre psyché.

Cette expérience bouscule notre fonctionnement psychique, ne s’accroche à rien de ce qui peut faire sens et pénètre au pus profond de notre psyché. Elle s’y promène en quête d’un point d’ancrage qu’elle ne trouve pas, ne s’y intègre pas, ne peut se remémorer, devenir un souvenir, reste  présente. 

Elle peut revenir à la conscience, n’importe quand, et faire revenir à la conscience tout un passé ou elle aurait tenté de s’accrocher pour être élaborée.

 

Si je pouvais l’exprimer telle que je l’ai vécue un certain 21 septembre (NDLR : explosion de l'usine AZF à Toulouse), je vous dirai que ce fut un moment sans pensées, inexprimable, celui d’une visite imprévue, inconnue, comme la visite « de ma mort » sans qu’elle advienne, une fenêtre (celle de mon bureau au moment de l’explosion) qui s’ouvre et puis rien.

Si son effet a pu se limiter, c’est surtout dû au fait que dans l’instant qui a suivi mon bureau a été envahi par une vingtaine de personnes (qu’est ce que ça veut dire) enfants, adultes… 

Ainsi je me suis trouvé engagé vers d’autres, à penser autre chose, confiné pour alerte chimique, moment de pacification et d’attente, de rencontres, de présences… mobilisé dans des actes qui mobilisaient ma pensée, à mobiliser les pensées vers autre chose que «  la rupture » déclenchée par l’évènement. 

Dans ce lien là, nous nous sommes construits, liés pour ne pas se délier, des envahis par ce temps fermé, assurés les uns avec les autres......

 

Cette expérience, cette morbidité, la mort, réalité intellectuelle, sans  réalité pour l’esprit, comment la penser, se la représenter, puisque c’est être dans l’absence de pensée. Elle n’évoque rien ne ramène dans la psyché à aucun souvenir, ne fait lien avec rien, ne procure aucune sensation connue, ne prend aucune place dans notre fonctionnement, ne se connecte avec rien.

Dans ce tout plus ou moins homogène de la psyché, fait de souvenirs et d’émotions, de concepts, dans cette cohérence une effraction s’est produite.

L’intégration de sa  mort y est difficile car elle s’impose, se promène sans fin, comme étrangère à soi.

 

Parce que ressentie et incommunicable, à soi, aux autres, parce que elle vous met à l’écart des autres, elle vous isole, vous change en toute conscience et vous échappe, comme s’il s’agissait du retour  d’une expérience dont on ne peut revenir, expérience qui nous extrait des autres.

Les témoignages allant dans ce sens sont nombreux, des années après….

 

Depuis le « shell shock » sur lequel Sigmund Freud avait élaboré, nombreux sont ceux qui dans le service des armées, puis dans les ONG ont investi le champ psychologique.

 

Il semblerait qu’évoquer l’évènement, par nature ineffable, ne fasse que cristalliser les choses. Outre l’armement médicamenteux, ce n’est pas notre champ, c’est un dialogue avec un professionnel, et avec le temps nécessaire que la personne peut élaborer quelque chose qui lui permette de se réinsérer dans le social et sa condition. 

 

Il est considéré comme acquis que les conflits, les guerres, les catastrophes laissent des traces dans notre psyché.

Ce qui est nouveau c’est que ces mécanismes peuvent être compris, et ils sont pris en charge dans différentes pratiques.

Ce qui est sûr c’est qu’il existe des moyens ou des approches qui permettent d’écouter la parole des acteurs engagés, de mobiliser leurs ressources psychiques.

 

Nous sommes souvent surpris qu’à chaque évènement corresponde une cellule d’urgence psychologique qui ne sont pas forcément organisées avec des professionnels de la psychologie (la loi de 1985 en son anniversaire nous rappelle que le titre de psychologue fut créé pour préserver les usagers des mésusages de la psychologie) avec une méthodologie bien déterminée, et aucun accompagnement pour la suite. On voit en quoi ce type d’action peut poser des problèmes éthiques ? Et plus largement la question de l’intervention psychologique.

 

Nous ne pouvons exposer tout ce qui semble émerger à la suite d’un évènement, qui va du dérèglement social à d’autres dérèglements si obscurs qu'ils ne nous laissent que des hypothèses. 

 

Pour ne pas se perdre dans des concepts on peut essayer de se poser plusieurs questions que la pratique nous a suggérée, que la démarche dans notre association nous impose :

  • Pourquoi pour telle personne cet évènement prend autant de place, pourquoi ce n’est pas la même chose pour telle autre, pourquoi l’événement terminé est si présent ou pas ?
  • Que pouvons nous observer ou pas, à un moment, un peu plus tard, quelle est la qualité de vie subjective de la personne et celle de son entourage ?
  • Quel projet d’intervention avons-nous, en fonction des attentes, de ce que l’on peut faire et de ce que l’on sait faire, comment l’organisons nous ?

 

Quels enjeux ?

Tout d’abord pour l’intervention psychologique et son organisation, pour les questions éthique et méthodologique qui se posent. Qui fait quoi, avec qui, pour qui, comment… et quel sera la manière de rendre compte de ce qui a été fait.

D’autre part, un évènement n’est pas sans impact sur une famille, un village, un pays …. Il se constitue comme nécessitant une prise en compte large.

Encore, quelles actions sont susceptibles de prévenir les débordements pendant la crise ?

 

Nous avons une réalité (on met du psy partout), qu’elle soit prise en compte est un pas important, pour qu’elle le soit dans toute sa dimension le chemin reste à faire.

Les psychologues ont beaucoup de choses à dire, ont fait beaucoup, mais connaissent des difficultés  pour affirmer leur compétence. 

S’organiser, dans l’intervention, dans l’accompagnement des demandes, dans le suivi… dans une tâche où nous n’étions jamais en force de proposition, encore un enjeu de plus, pour l’équilibre psychique individuel et social.

 

Gilbert Lacanal