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Haïti 4 ans après : une mission autour d’une école communautaire

 

Secours aux Enfants Démunis d'Haïti (SEDHA

) est une association (« loi 1901 »), fondée en 2009 par un groupe d’Haïtiens vivant en France : son objet est d’encadrer les enfants sur le plan social, éducatif et professionnel, en vue de lutter contre l’illettrisme et la délinquance juvénile, de permettre aux défavorisés l’accès aux soins sanitaires, afin de redonner espoir, d’accompagner vers l’autonomie, et d’ouvrir un meilleur avenir.

La misère, le dénuement, la dépendance accablante constituaient déjà l’ordinaire du pays. L’horreur est survenue le 12 janvier 2010 avec cet épouvantable séisme : 250.000 morts, 300.000 blessés et 1,2 million de sans-abris… Afin de faire face, la communauté internationale a mobilisé des moyens considérables, malheureusement pas toujours utilisés de la façon la plus efficace, ni équitablement répartie. L’aide humanitaire s’est concentrée sur la capitale (Port-au Prince) et le Nord et sur les grandes villes proches de l’épicentre. Ainsi, dans le Sud, les zones rurales sont demeurées à l’écart des circuits d’aide. Ce milieu se trouvait déjà dans une grande précarité, quelques récoltes (maïs, petit mil et pois) ne permettant pas l’autosuffisance agricole ou de consommation. Le secteur, directement moins touché par le séisme, en a cependant subi de fortes répercussions qui ont rendu les choses plus difficiles encore qu’elles n’étaient. Les « réfugiés », blessés, orphelins, sont arrivés à la recherche d’un toit, d’une sécurité physique et alimentaire. Les familles se sont élargies et les perturbations ont été ressenties des deux côtés : l’arrivant, sans travail, en rupture avec les  repères de son milieu, connaît des problèmes d’intégration et d’errance ; l’accueillant voit son propre espace identitaire et social perturbé, contraint de se réorganiser… les provisions fondent et ne peuvent plus subvenir aux besoins. Ensuite, le cyclone Sandy (2012) a dévasté les récoltes et le peu de têtes de bétail : les ponts effondrés, les routes disparues, la population isolée n’a dû sa survie qu’au ravitaillement par hélicoptères. Puis ce furent les inondations et les glissements de terrain, multiplication des fléaux qui installe la misère avec son cortège de famine, problèmes sanitaires, délinquance...etc.

Quatre ans après le séisme, la situation est donc bien pire et les objectifs de SEDHA ont encore plus d’acuité, mais, malgré l’ouverture de  l’antenne SEDHA-HAÏTI

 qui en assure l’ancrage local, la petite association n’a pas les moyens de faire face ; elle demande donc l’aide de PDM.

PDM(Psychologues du Monde) est une ONG créée à partir des expériences forgées face à l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001. Elle rassemble des professionnels de la psychologie dans une visée de solidarité internationale pour venir en aide aux personnes en situation de vulnérabilité. Dans le respect de la personnalité et de l’autonomie de chacun, PDM met ses compétences au service du plus grand nombre ; sa conception est de ne jamais faire à la place des autres (qui mieux connaît Haïti que les haïtiens ?) mais de mobiliser les ressources propres des personnes et de l’environnement. PDM a une première expérience haïtienne post-séisme (2010) au travers d’une mission de renforcement des compétences de psychologues haïtiens aux interventions en situation de crise et catastrophe

. Le partenariat SEDHA-PDM se noue ainsi à propos de l’école communautaire de Baptiste.

 

Baptiste est un bourg (commune d’Aquin, au sud d’Haïti) de 10.000 habitants. Partant de la  route nationale, les voies de pénétration dans la zone sont en terre battue, d’où une circulation compliquée surtout en période de pluie ; l’habitat est dispersé dans ce secteur isolé, pas de magasins, pas de marché, pas d’activité, donc très peu de commerce informel ; pas d’école publique à proximité, des écoles privées inaccessibles aux familles pauvres : sur les 4.000 enfants la moitié à peine va à l’école. C’est pourquoi, en 2002, la communauté a fondé son école (située un peu sur les hauteurs), afin de scolariser un maximun d’enfants ; certains, pas même déclarés à leur naissance, font l’objet d’une démarche auprès du tribunal et acquièrent enfin une existence légale ! 

Actuellement, l’école de Baptiste accueille 428 enfants, de 6 à 15 ans, les classes allant de la maternelle au certificat de fin d’études. Seules 3 classes (124 élèves), leurs 3 professeurs et le directeur, sont pris en en charge par le PSUGO (Plan de Scolarisation Universelle, Gratuite et Obligatoire, décidé par le Président Martelly, mais qui tarde à se mettre en place). Les 304 autres enfants sont confiés aux 7 professeurs (quasi bénévoles, puisque touchant 207 € par an ! dans l’attente d’un soutien pérenne) embauchés sur le budget de l’école communautaire. Depuis le séisme, les bâtiments en dur ont laissé place aux tentes et bâches. Faute de tables et de bancs (ou de troncs !), l’apprentissage est essentiellement oral ; les matériels et fournitures classiques manquent tant pour les élèves que pour les professeurs. Il n’y a pas de sanitaires, pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de cantine évidemment ; alors que certains font jusqu’à 15km à pieds sur les pistes pour se rendre à l’école, les enfants ne mangent qu’une fois par jour, le soir (sans jamais toucher à la viande) : pas de petit déjeuner, à midi un « bonbon salé » (sorte de TUC) trompera leur ventre... Dépourvue de toutes les infrastructures nécessaires, l’école ne peut répondre aux normes pédagogiques et techniques minimales.

Baptiste illustre la grande misère et l’isolement de ces milieux ruraux, mais l’initiative de cette école communautaire apparaît comme un potentiel levier pour changer le destin. Il s’agit non seulement d’améliorer les conditions d’accès et de travail à l’école, mais d’installer du lien social et de susciter un effort communautaire de réduction de la pauvreté. Les manifestations de compassion et l'expression de la sollicitude ne peuvent ici suffire et doivent se compléter d'une intervention professionnelle, plus spécifiquement psychologique, visant à mobiliser les ressources, trouver les voies de développement, initier les synergies, organiser les coopérations. Pour présenter les plus grandes chances de réussite, ce genre d'intervention ne peut s'improviser. C’est dans cette perspective que PDM a décidé d’intervenir pour mettre en place un projet de développement.

Des membres de SEDHA-Haïti aideront aux contacts avec la population (notamment pour les traductions créoles-français), la présidente (Judith Janvier) travaillera en continu avec les intervenants de PDM. Pour cette première mission (septembre 2013) de diagnostic et de lancement du programme de développement, ceux-ci seront trois Toulousains (ayant participé à la mission de 2010) : Danielle Le Goff (chef de mission), psychologue; Bernard Gaffié, professeur émérite des universités en psychologie sociale ; Gilbert Lacanal, psychologue, Président-Fondateur de PDM. Le budget est arrêté à 8.000 Euros (voyage compris) pour 3 semaines de séjour chez l’habitant; PDM investira 2.000 €, et chacun des missionnaires 2.000 €… pas question de ponctionner les fonds de SEDHA destinés aux enfants ! Le séjour sera d’un confort un peu spartiate, mais comment mener train de vie confortable parmi les démunis ?

 

Décollage de Toulouse, escale à Paris puis Point-à-Pitre, atterrissage à Port-au-Prince ; accueil à l’aéroport Toussaint Louverture par Judith, le chauffeur et l’agent de sécurité (non armé, bien sûr, comme pour toute ONG, mais indispensable dans cette zone et pour le trajet) ; route vers le Sud… interrompue par une panne du minibus fatigué, relais par un automobiliste de bonne volonté (et pas trop cher !), voyage sur la plate-forme du pick-up et sous une bâche (précieuse sous cette pluie tropicale qui inonde la route, comme souvent vers Fond-aux-Nègres) ; arrivés de nuit (pas très frais) à Baptiste, les missionnaires font connaissance de « Madame Maguérite » qui leur a loué deux chambres (le temps du séjour, la famille couchera sur la terrasse !) fort appréciées après le bouillon de tête de cabri (premier repas à Baptiste). PDM savait que cette mission, comme d’autres, serait assez difficile, le voyage n’est donc qu’une péripétie : la suite fut plus inquiétante.

Le matin, véhicule toujours en panne, c’est la montée à pieds par la piste : occasion de découvrir le chemin des enfants venant du bas du village, les habitats locaux (cases, maisons « 4 murs » aux toits de tôle), les cultures, les gens autour des deux puits. Arrivée à l’école : la stupéfaction ! Un demi-bâtiment rescapé du séisme dont les deux pièces abritent la « sale des profs- bureau de direction » et un entrepôt de mobiliers de classe plus ou moins cassés, et pour le reste c’est la désolation… 4 ans après, on se croirait au lendemain du séisme ! Plus d’eau du tout, des planches pourries recouvrent un mètre d’immondices parcourus par des blattes de 8 cm dans ce qui fut la citerne « d’eau propre » (de pluie) ; les détritus divers (papiers, sacs aluminium, plastiques, fers rouillés, morceaux de verre…) jonchent le sol où rampent quelques vipères ; les 3 tentes UNICEF sont déchirées, éventrées ; la « tonnelle » (bâches supportées par 8 piquets) abritant 2 classes tombe en lambeaux… Les pluies torrentielles et les tempêtes ont eu raison du matériel qui n’a pas été entretenu ou réparé car elles ont eu aussi raison des énergies, du sens du danger et des espoirs. À 15 jours de la rentrée scolaire, l’insalubrité et l’insécurité rendent la situation alarmante. Une réunion immédiate avec nos partenaires de SEDHA et quelques jeunes et parents (curieux de notre présence) permet d’établir un état des lieux et de réorienter le projet de développement vers un plan d’urgence. Assainir et restaurer concernent-ils des psychologues ? Il s’agit aussi de motivation, engagement, persévérance, créativité, estime de soi, coopération, identité sociale, projet collectif… ce sera le chantier de PDM. Il faut se dépêcher…

Tout d’abord mobiliser enfants et parents de la communauté pour rétablir hygiène et sécurité ; réhabiliter l’ancienne citerne d’eau. Repérer, utiliser, redécouvrir les ressources locales qui ne nécessitent aucun investissement financier : rechercher des matériaux dans la forêt proche (lianes, feuilles de cocotier, bois et bambous), relancer les savoir-faire locaux (fabrication d’outils, tressage de feuilles de cocotiers, clissades) ; remettre ainsi en état les tentes déchirées et les bâches, refaire les parois de la tonnelle.

Livrés à eux-mêmes dans le plus grand dénuement, devenus résignés et fatalistes ils s’en remettent au Ciel (le « si Dieu le veut » perpétuel) ; chaque jour passé étant un jour de « gagné », ils ne bougeaient guère. Remobilisés, ils ne manquent pas d’endurance ! Ils travaillent de 9 à 16 heures, par 40° et un taux d’humidité près de 90%, avec les pluies tropicales, les moustiques et les chenilles urticantes, sans boire ni manger (par respect pour eux nous ne mangeons pas non plus… en revanche nous avons notre bouteille d’eau). Au travers de réunions quotidiennes, nous les aidons encore à mettre en place de l’engagement renforcé, de la cohésion et de la synergie, de l’organisation sociale. Des personnes référentes et reconnues comme telles dans la communauté, émergent, des décisions sont prises. Différencier, au moyen de piquets et cordes tendues (lianes et tressages de bâches déchirées) des espaces sociaux (entrée, accueil, parcs à vélos, classes, « cour » de récréation…) c‘est fournir des repères et organiser les esprits ; délimiter l’enceinte de l’école et l’annoncer par une pancarte, c’est donner un signe de sécurité et marquer une identité. Cette identité s’est exprimée par la composition de la « chanson de Baptiste » créée en créole avec les enfants qui l’entonnaient en signe de reconnaissance en nous voyant. Des mamans ont planté des fleurs et dessiné des espaces par de gros cailloux, acte d’appropriation et de valorisation (un peu de confort et de décor pour la prochaine rentrée !).

Nous avons recherché l’adhésion et le soutien de toute la population (enseignants, enfants, parents) mais aussi la mobilisation autour de l’école et de la communauté de tout ce que la zone compte de forces socio-politiques. Nous avons ainsi contacté le Groupe d’Action Communautaire (assemblée des notables de Baptiste), les autorités locales (Casec, Maire d’Aquin, Député et Délégué Départemental), les représentants des Ministères (Éducation Nationale et Agriculture) et de diverses Églises, ou encore différentes institutions ou organisme (Ambassade de France, ONG en place, psychologues haïtiens…). Certains ont déjà répondu favorablement et permis quelques avancées concrètes immédiates, l’ensemble constitue maintenant un réseau d’appui important.

On sent que les choses prennent une autre tournure ! La modification du contexte a influé sur les conduites : les acquis permettent de retrouver une emprise sur les évènements, de produire une émulation vers l’autonomie et de nouvelles aspirations. L’école peut devenir un carrefour du mouvement communautaire, lieu de rencontre, de partage, d’échange d’idées, d’innovation… Pour assurer la pérennité de ces réalisations et acquis et pouvoir organiser un projet de développement,  ils ont constitué un comité de pilotage. Une première perspective est celle de la coordination avec le Centre de Santé envisagé par l’Armée du Salut (en attendant un médecin Haïtien s’est proposé d’assurer une vacation un jour par mois). PDM les épaule à distance dans cette démarche ; PDM reviendra en Avril 2014 pour démarrer ces opérations de développement avec eux…