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Un point de vue sur la question de l’exil ou de l’héritage pluriel à la possible transformation singulière - Philippe Grondin

Ce texte a été présenté au Colloque « 60 années de départementalisation pour la Réunion, un regard de la diaspora. » de l'association AMARRES, à Paris, le 18 Mars 2006.

 

Résumé

Questionner la problématique de l’exil du coté de la Réunion, oblige de fait, me semble t-il, à prendre en compte la spécificité de cette île, déserte au départ, et de l’émergence même de la vie humaine en ce lieu ; tous exilés, à l’origine.

Chacun naît avec un héritage historique familial singulier ; ce dernier va venir façonner l’imaginaire du bébé en devenir d’adulte dans une interaction constante avec la réalité quotidienne. Grandir, se reconnaître sujet parmi d’autres sujets demande une vraie innervation psychique à partir de ce qui est transmis de la parole familiale et aussi inconsciemment, au travers de ce qui ne se dit pas forcement et qui se vit dans le regard de l’autre, le toucher, la sensation du peau à peau, l’intonation de la voix, des paroles adressées... En somme devenir individu serait le résultat d’une synthèse entre l’histoire familiale et l’ensemble culturel.

Ainsi, être né à la Réunion renvoie pour moi à la question première qui viendrait poser les fondations d’un héritage psychique « comment les premiers ancêtres de la lignée familiale arrivés à la Réunion ont ils quitté leurs pays d’origine ? ».

Amarrés, enchaînés, conquérants, prisonniers exilés ayant à payer leur dette envers la société, illusionnés et trompés ? Cela me ramène alors au tissage narcissique de chaque sujet sur le métier du temps, de génération en génération. Cela m’amène à penser à la construction dans le temps de la société Réunionnaise avec entre autre pour base, en lien

avec le contexte historique, la hiérarchie des couleurs de la peau, de la texture du cheveu, induisant me semble t-il une étiquette dont chaque petit d’homme est

affublé alors dès sa naissance dans la manière dont il est parlé par l’autre ; cafre, malbar, créole, tiblanc… qui le rangerait de manière inconsciente aux deux

endroits du lien à l’autre dans un rôle à tenir dans le jeu social.

 

Evidemment, bien d’autres éléments entrent en jeu dans la construction d’être sujet : la manière d’être porté, d’être bercé, d’être nourri et ces mêmes éléments peuvent aussi entrer en jeu dans la construction d’être objet ; dans le sens de ne pas être fondamentalement perçu comme un être humain. Je parle plus précisément de la question de la sensorialité.

Deux textes de chansons créés et interprétés par Daniel Waro pour le premier et pour le second par Nathalie Natiembé, évoquent de manière très sensible ce que je pointe ici.

Le premier texte, celui de D.Waro, s’intitule Aneil : « Pou papa wayo monmon ou té pas un moun oté ; pou papa wayo nonva monmon ou té pa in fanm oté » (pour papa, maman, tu n’étais pas un être humain ; pour papa, maman, tu n’étais pas une femme); Ici, nous pouvons percevoir, à travers l’évocation des souvenirs d’enfance de l’auteur que le sentiment d’être humain dans le lien de son père à sa mère , a été bafoué ; par ailleurs, en écoutant la seconde phrase de cette chanson, nous pouvons percevoir que le déni de la différence des sexes dans ce lien singulier d’un homme à une femme règne. Ce qui a pour effet direct de décupler la violence tant dans la réalité que psychiquement. . Ceci, pointe toute la difficulté à s’envisager, à se percevoir sujet pour cet enfant, dans le chaos de l’inhumanité engendré ici. Ceci m’amène à visiter cette question de la place d'objet-meuble , en lien direct avec la question du processus de peuplement de l’île dont la traite de l’esclavage reste l’un des éléments centraux. En effet, au 17ème siècle, un sujet arrivé sur l’Ile de la Réunion, ayant voyage par bateau au départ de l’Afrique ou de Madagascar, reconnu sain et vendu comme esclave, perd alors immédiatement son statut d’être humain pour devenir un objet-meuble dont son

propriétaire peut disposer en tant que tel.2 Place assignée dont il est évidemment ardu de sortir, d’autant plus que cette dernière se trouvait alors inscrite dans la loi ; je fais ici référence au Code Noir. Le statut de l’esclave et la manière dont certains ancêtres ont quitté leur lieu de vie d’origine, sont des éléments fondamentaux du socle identitaire réunionnais, même si, évidemment, chaque réunionnais n’est pas directement descendant d’une lignée d’esclave.… Ces derniers induisent bataille dans la tête, bataille dans la cour !

Et comme si malgré le déroulement du temps cette place assignée, la manière dont des être humains ont été traités ou plutôt maltraités reste aujourd’hui encore inscrite dans la mémoire collective ; ces éléments de la mémoire collective transmis de manière inconsciente aux maillons assujettis à la chaîne du groupe. Ici, il ne s’agirait pas seulement d’une chaîne familiale singulière mais de l’ensemble des groupes composant le Groupe ; ainsi, aujourd’hui, la pression de l’angoisse et du conflictuel, intra et inter psychique pourrait avoir entre autre

pour effet de pousser de manière singulière à une violence intimement liée à la quotidienneté de vie. Une violence retournée contre soi et aussi une violence dont l’autre peut être l’objet direct. Il y aurait à cet endroit comme une répétition des éléments d’un traumatisme qui ne parvient pas à se traiter, à s’élaborer, ressurgissant alors à grands coups dans la réalité.

 

Ainsi, un des grands questionnements qui traverse de part en part ma réflexion, en lien avec l’histoire de l’île de la Réunion et des Réunionnais se tisse à partir de la question de la soumission et de l’obéissance, transmise me semble t-il inconsciemment de génération en génération avec peut être pour effet, celui de poser un interdit sur la possibilité de penser de manière singulière ; comme penser un projet de vie en dehors ou au delà d’une vengeance sur/contre l’autre (partie de Soi) mais en se considérant comme acteur de son projet de vie.

S’envisager, Se projeter et dans le « se » de s’envisager, se donner un visage ou de se projeter, je souligne le réflexif de la reconnaissance de Soi.

C’est peut être ici, précisément, dans cette reconnaissance de soi que pourrait poindre comme un défaut, comme un sol qui pourrait se dérober à tout moment ou qui n’existerait pas comme fond psychique suffisamment solide, comme point de départ d’un étayage à partir duquel pouvoir prendre appui pour rêver. Alors apparaîtraient des mouvements de détresse intérieurs de très forte intensité qui induiraient un déchaînement de cette violence dont j’ai parlé précédemment, comme un déplacement de ce désir de désenchaînement.

Il ne s’agit évidemment pas de dire de manière grossière et alors insultante que le Réunionnais ne pensent pas, il s’agit de souligner ici comment la pensée peut être infiltrée, à l’insu du sujet même donc de manière inconsciente et diffuse, par cette dynamique qui pourrait venir faire barrage au déploiement du Soi.

Alors partir, quitter son île natale comme un rêve… pour pouvoir recommencer sa vie.

Juste une parenthèse ici pour dire qu’il serait fort intéressant de questionner ce qui se passe dans l’autre sens, entre France et Réunion c’est à dire ce qui amène des « zoreils » c’est à dire des personnes originaires de la France Métropolitaineà faire le choix de vivre sur l’île de la Réunion ; outre l’idée du vocable réunion et de son signifiant, comme lieu de remembrement, de rassemblement possible du Moi ; je pense que nous pourrions faire des hypothèses de travail communes concernant la question de la liberté, de la libération du sujet par rapport au groupe, groupe familial, groupe société. Je laisse pour le moment, la question en suspens et je reviens à notre propos.

J’évoquerai à cet endroit, ce second texte, celui de Nathalie Natiembé, qui s’intitule « Tangaz pa tro for » (ne fais pas trop de bruit) ; texte sensible d’une berceuse qui parle du processus de transmission de la vie même, de deux parents à leur bébé avec une attention toute particulière et douce avec pour exemple quelques lignes « tangaz pa trop for, zanfan y dor, si se pas toué ki koz ek li koman li fé pou li kompran la vi. In ti réyon soleil y pers si son berso agard a li, lila tourn si son do ; atrap a li ; fé li in gro pami. » (ne fais pas trop de bruit, dit la mère s’adressant au père l’enfant dort ; si ce n’est pas toi (père) qui lui parle comment notre enfant va t-il faire pour comprendre le sens de la vie.Un petit rayon de soleil vient sur son berceau, regarde-le, il s’est tourné sur son dos ; prends-le dans tes bras, fais-lui un gros câlin). Ces quelques lignes évoquent pour moi, avec une grande sensibilité, la mise en mouvement d’une historicisation, c’est à dire une mise en histoire de la personne du bébé et de sa présence au sein de sa famille; pour dire de manière un peu rapide, le bébé est alors placé dans sa lignée familiale et dans le même temps pourrait sortir de la dé-confusion des perceptions ; tout ceci à partir du soin corporel et de la mise en parole, des parents à l’enfant où la mère à cet endroit donne, grâce à la parole la place au père dans le lien à tisser avec l’enfant.

Peut être que pour certaines personnes cette perception d’être Objetmeuble viendrait recouvrir et occuper toute la place dans l’imaginaire, dans la perception de Soi, occultant du coup, la trace laissée de cette attention douce, portée au bébé par ses proches, comme si celle ci n’avait pas existé ou était une tromperie.

Quitter l’île, lieu de naissance comme le désir et l’espoir d’un mieux être ailleurs ; ce serait donc se placer dans une dynamique de projet de vie, être acteur et ne plus être passif devant une vie qui soumettrait sa loi et ses règles de dépendance.

Partir ce serait ne plus se soumettre au regard de l’autre et ainsi, gagner en liberté intérieure. Je pense, en effet que cette question du regard est primordiale ici ; si justement, nous regardons de plus près à cet endroit, nous pourrons peut être apercevoir que le « l’a dit, l’a fait » que nous connaissons, aurait cette fonction d’enfermement induisant une inhibition dans la mesure où il place le sujet sous le regard perpétuel de l’autre, dans la cour, dans la rue, etc… ; quelque chose ici aurait à voir avec la question de l’aliénation et ceci dès la toute petite enfance. La singularité de ce regard comme traversant le temps, peut être en disant très rapidement de celui du commandeur d’autrefois, d’outre tombe dont la trace se manifesterait à cet endroit de l’entre deux, le dedans de soi et l’extériorité de l’autre. Une intimité qui ne pourrait alors peut être pas suffisamment se déployer, entravant alors un sentiment de Soi qui peut devenir rapidement faillible sous le regard de l’autre à partir du moment où ce dernier est envisagé comme jugeant, dévalorisant avec cette idée d’être parlé par l’autre sans avoir droit soi-même à la parole, à sa parole.

Cette expression si communément utilisée à la Réunion de « faire l’intéressant » prendrait à mon sens, ici toute sa place, dans la mesure où elle viendrait dire que toute différence, toute parole individuelle peut soumettre à une menace ; celle d’être exclu du groupe ; une dynamique du lien installée sans doute de manière diffuse et insidieuse. Et alors ne pas pouvoir trouver sa place, trouver une place dans un lieu suffisamment sécurisé et suffisamment sécurisant.

Partir de l’île et alors ne plus être soumis au regard de l’autre. Mais dans le départ, le risque pourrait alors se situer du côté du déplacement et de la répétition sans évolution particulière ; au risque même de voir se dérouler des espaces de vie en alternance, entre la Réunion et la France ; sans pour autant avoir la possibilité de se fixer dans un lieu de vie, être vivant parce que le bon pour soi serait toujours dans un ailleurs, collé au fantasme du paradis perdu.

Alors, ne pouvoir que rester suspendu, comme en plein vol.

Mais dans ce départ envisagé donc d’abord rêvé dans le sens de la rêverie et ensuite mis en acte dans la réalité, je retiens fortement la dé-marche, dans le sens du désir pour soi qui induit alors un processus de pensée, fait bouger dans la tête, soulignant potentiellement un changement dans le futur avec en fond un rapport autre avec la temporalité. Cette dynamique, cet élan prend son étayage dans la rêverie, la rêverie de devenir et pour cela passer par l’Ailleurs ; comme la nécessité de se mettre en voyage pour se débarrasser justement de ce qui embarrasse, de ce qui colle à la psyché jusqu’à l’inhibition. En somme, un travail d’élaboration psychique qui ne dit pas son nom se met en branle.

Je pointe à cet endroit, de la question de l’exil ou plutôt dans le projet de départ, un de ses éventuels effets ; à savoir la mise en mouvement d’un processus de rêverie qui donnerait accès, ouvrirait vers une voie supplémentaire, celle de la réunion de plusieurs parties du Moi, du bon et du mauvais, celle de la perception de l’intériorité et de l’extériorité avec un jeu possible plus élargi du lien à l’autre.

Même si il ne s’agit pas pour moi ici de dire que partir permettrait de retrouver une partie d’humanité en soi, endormie jusqu’alors ; je pense évidemment que ce cheminement peut s’opérer par d’autres moyens tout en restant sur l’île, dans le sens, au fond cela parle de la nécessaire séparation pour être. Ici, il s’agissait pour moi de prendre appui sur ma pratique professionnelle, pour tenter de vous livrer ce que ces rencontres intimes avec des patients originaires de la Réunion, m’ont donné l’occasion de dérouler dans ma pensée et le questionnement qui s’en est suivi afin de le mettre en débat avec vous aujourd’hui.

Pour terminer, je préciserai que le questionnement que je vous livre ici, fait partie intégrante de ma réflexion théorico-clinique, au long cours de ma pratique ; elle concerne cette question si délicate et si difficile de la parole émergeante chez des sujets ayant été l’objet de traumatismes évidemment destructeurs dans le coeur même du mot prononcé par l’autre qui a pour projet sans doute inconscient de tuer le sujet en soi. C’est une tentative de lecture singulière et de fait elle dit aussi que cette déclinaison de la soumission et de l’obéissance par exemple n’est nullement l’apanage des personnes originaires de la Réunion, elle touche l’universel par le biais d’autres portes d’entrée liées comme je l’ai signifié précédemment par l’histoire familiale et l’ensemble culturel.


Philippe GRONDIN

phgrondin@yahoo.fr